Exhibitions 1999 : 24 ans après Davy: de l’érotique au pornographique

Cet article aborde exceptionnellement un film davantage pornographique qu’érotique, mais vous comprendrez (je l’espère) tout l’enjeu de l’étudier ici, car, une fois mis en parallèle avec la production érotique des années 70, il devient alors un précieux indicateur de l’évolution du genre.

“Aujourd’hui (en 1999 à l’époque), le marché de la vidéo X vit ses dernières heures, asphyxié par les télés câble et satellite qui se fournissent par wagons entiers chez les industriels du genre: Américains, Suédois ou Staliens. Il ne restera plus que des cassettes pour sex-shops. Autant dire que le règne de la qualité n’a pas sonné !

C’est donc par dépit amoureux que j’ai mis en chantier Exhibitions 1999. L’idée maîtresse du projet était de présenter les principales hardeuses françaises comme de véritables actrices (ce qu’elles sont), de les faire interviewer par des journalistes non-spécialisés dans le X afin d’éviter la langue de bois, et de les mettre en scène dans des situations qu’elles avaient elles-mêmes choisis.”

John B.Root dans Porno Blues, Edition La Musardine, 1999, page 144.

De Jean-François Davy à John B.Root

Réalisé en 1999 par John B.Root, Exhibitions 1999 reprend le schéma initié en 1975 par Jean-François Davy dans Exhibition, en conservant l’aspect documentaire sur le milieu pornographique. Le film se compose de neuf court-métrages entrecoupés d’interviews.

Au moment de la réalisation, John B.Root est déjà connu du public et des médias et se pose comme étant l’un des principaux défenseurs d’un cinéma pornographique qualitatif face à une production qui bat toujours plus de l’aile.

Il réunit alors dix hardeuses françaises plus ou moins connues du public, et leur donne carte blanche pour une scène de leur choix. Et c’est justement là que l’expérience quasi-sociologique s’avère intéressante puisque, 24 ans plus tôt, Jean-François Davy avait lui aussi filmé ses acteurs/actrices au sein d’activités libres. Tandis que Claudine Beccarie et sa petite bande s’amusait donc à l’époque, à s’embrasser, à se caresser, à jouir, toujours avec une bienveillance davantage amicale que professionnelle; chez B.Root, les filles choisissent elles-mêmes de se mettre en scène dans des pratiques plus extrêmes mais forcément plus contemporaines telles que le gang-bang, ou la double pénétration. John B.Root souligne d’ailleurs le fait que ce soit la seule actrice parmi les dix hardeuses, avouant ne pas aimer le sexe qui choisit la scène la plus hardcore et la plus difficile physiquement/mentalement à réaliser.

Ce que veulent les femmes

Il est alors naturel de se questionner sur les choix curieux de certaines hardeuses: apprécient-elles vraiment ce genre de pratique ? Ou bien se contentent-elles simplement de répondre aux attentes d’un public familier de ce genre de scènes ? La réponse n’est pas si évidente puisque, même si les actrices se conforment aux types de rôles qui leurs sont attribués traditionnellement, elles n’oublient pas d’en modifier les codes.

Sur les dix hardeuses, toutes décident de se mettre en scène dans des rôles actifs, c’est-à-dire loin de la traditionnelle scène de domination masculine. L’une devient alors réalisatrice de films X (Raphaëlla), une autre dominatrice face à un homme-objet (Coralie), ou encore agent spéciale anti-porno ordonnant à un homme de la satisfaire en un temps record (Dolly Golden).

Dolly Golden, agent spéciale de la brigade anti-porno

Et même dans les rôles moins autoritaires que les précédents, l’actrice reste toujours maîtresse de la situation. C’est le cas d’Élodie Chérie qui se met en scène dans un gang-bang MAIS dans la position de dominante, ou de Zabou en Manon des Sources ingénue forçant son homme de main à la satisfaire.

Élodie Chérie en soubrette MAIS dominatrice

Un état des lieux du milieu X

“Oublions l’art, faisons du dollar”.

HPG dans Exhibitions 1999.

De la même manière que Davy dresse un portrait de la profession en 1975, John B.Root donne ici la parole aux principales intéressées à travers des interviews et diverses questions: le rapport à la prostitution et au sexe tarifé, l’avis de chacune sur le port du préservatif dans le cinéma pornographique, la question de la vie privée et le rapport à la famille, ou encore le choix de cette carrière…

Exhibitions 1999 fut en partie financé par Canal +, ce qui, comme le dit John B.Root est un petit évènement en soi, puisque c’est la première fois qu’une chaîne de télé s’investit dans la production d’un film pornographique. Il releva aussi le défi de réunir des journalistes de différents horizons sur le plateau, tels que Thierry Jousse des Cahiers du cinéma, Elisabeth Cognard de Libération ou encore Gérard Jubert d’Entrevue.

Avide de rétablir une certaine vérité quant au cinéma pornographique, John B.Root tire alors la sonnette d’alarme quant au devenir d’un genre qui, déjà loin d’un Exhibition se meurt progressivement. À quand un Exhibition 2.0 ?

J’espère que cet article vous a plu; à bientôt sur cinéma érotique 🍑 

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