Histoire d’O: les prémices du BDSM français

“Tu es trop habillée. Défais tes jarretelles, roule tes bas au-dessus de tes genoux. Voici des jarretières.”

René (Udo Kier) à O (Corinne Cléry) dans la toute première scène du film.

Deuxième long-métrage de Just Jaeckin qui, un an auparavant se faisait connaître avec Emmanuelle, Histoire d’O (réalisé en 1975) raconte l’initiation d’O au sado-masochisme afin de prouver l’amour qu’elle porte à son mari. Entre marquage au fer rouge et séance de fouet collective, le ton est donné.

Autour d’O

Selon le réalisateur, le plus difficile pour lui fut de trouver l’interprète d’O. Envisageant d’abord de donner le rôle à Jacqueline Bisset ou Charlotte Rampling (qui refusa toutes deux), il se tournera finalement vers le choix d’une inconnue, comme pour Emmanuelle et Sylvia Kristel. Il rencontrera alors près de 400 jeunes femmes lors de castings tenus à New-York, Paris et Rome. Et puis, il tombera un jour sur une photographie de Corine Cléry, nue sur une plage. À tout juste 20 ans, elle deviendra O.

Corine Cléry dans le rôle d’O.

Just Jaeckin continue ainsi sa thématique de la soumission sexuelle déjà abordée dans Emmanuelle, devenant ici le sujet principal du film. Dans un décor quasi-onirique (nous faisant presque douter de la véracité des aventures d’O…), Jaeckin repousse les limites du politiquement correct. Cela vaudra au film une interdiction aux moins de 18 ans; tout comme le livre qui écopa d’une triple interdiction lors de sa parution dans les années 50 (vente aux mineurs, publicité et affichage).

Le mystère d’O

L’oeuvre de Dominique Aury (alias Pauline Réage) fera par ailleurs, l’objet d’un des grands mystères de la littérature française. Paru en 1954, son auteur resta inconnu jusqu’après le tournage en 1975. Il fut à tour de rôle attribué à Alain Robbe-Grillet ou encore à Montherland, avant d’être justement rendu à Aury. Par ailleurs, ce roman érotique est, encore à l’heure actuelle considérée comme étant le plus célèbre des années 50.

Par ailleurs, l’un plus grand mystère flotte aussi autour de ce roman. Il s’agit de sa prétendue adaptation signée Kenneth Anger (notamment connu pour son livre Hollywood Babylone) en 1956, dont il ne reste aucune trace, si ce n’est l’hypothèse d’une copie contenant les dix premières minutes du film, et qui serait cachée chez… le célèbre Henri Langlois, à qui l’ont doit entre autre, la Cinémathèque Française.

Encore plus mystérieux (voir aussi le mystère de l’Essayeuse) cette première potentielle adaptation mettrait en scène la fille d’un grand patron français (dont le nom reste aujourd’hui encore secret…) dans le rôle d’O, faisant davantage scandale dans le milieu. Pire encore, Kenneth Anger prêtant qu’à l’époque, le petit ami de l’actrice aurait kidnappé le fils Peugeot et aurait financé la totalité du tournage avec l’argent de la rançon…

Pour revenir au film de Jaeckin, il créera le buzz lors du tournage, de par sa toute nouvelle notoriété. Les foules viendront se mêler aux techniciens sur le décor du château et les badauds, attirés par la curiosité, se baladeront en famille au milieu des jeunes actrices en tenues légères.

Le film n’aura finalement pas un succès comparable à Emmanuelle, mais fera tout de même une sortie remarquée et un score honorable. Par ailleurs, il reste aujourd’hui encore, l’un des grands classiques du cinéma érotique.

1 réflexion sur “Histoire d’O: les prémices du BDSM français”

  1. Ping : L'Essayeuse: film martyr - Cinéma érotique

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *