Le phénomène Emmanuelle

“Ce qui importe, ce n’est pas de faire l’amour mais comment on fait l’amour. (…) il faut partir du corps pour aller vers l’autre, et vers soi-même. Il faut dénouer un bâillon (…) détruire les valeurs établies, peupler votre tête de plus de sensations que ne peuvent en donner tous les hommes de la Terre. (…) La femme que l’on engrosse au fond du lit conjugal ne connaît pas l’érotisme (…), il faudrait mettre le couple hors la loi, ajouter une troisième personne.”

Mario (Alain Cuny) dans Emmanuelle.

Un apprentissage de l’érotisme

Ainsi pourrait être résumé Emmanuelle. Détruire les valeurs établies et partir à la conquête de l’érotisme, du vrai, loin de celui imposé par le carcan familial. Un sujet très d’actualité en cette période de libération des moeurs post-68. Emmanuelle rejoint son mari, diplomate en Thaïlande. Jeune femme fragile, faisant quasiment figure de vierge, elle débarque en terre d’exotisme, se heurtant à la “sauvagerie” du pays. Plus tard, elle fait la rencontre de la faune européenne féminine de Bangkok, et découvre des moeurs bien différents des siens: adultère, échangisme, bisexualité, libertinage. De quoi décontenancer la jeune oie blanche qu’est encore Emmanuelle…

Réalisé en 1974, le film relate alors l’apprentissage sexuelle d’Emmanuelle, s’adonnant au sexe avec ses nouvelles amies, jusque dans les bras de Mario, grand mentor sexuel de ses dames. Il lui fera découvrir, entre autres, le plaisir de la sodomie (ce sera d’ailleurs l’une des deux scènes justifiant l’interdiction totale), l’art de la soumission, du plaisir en groupe et de la masturbation. Elle est alors amenée à surmonter ses principes et ses propres limites pour jouir librement, sans entrave et loin du conformisme; au sein d’un pays que l’on nous donne à voir, comme un territoire de plaisirs exacerbés où les jeunes filles dansent nues et s’adonnent à d’étranges plaisirs, dans les bars de nuit. Il s’agira d’ailleurs de la deuxième scène qui motiva l’interdiction du film, celle que j’appellerais “l’art vaginal de la fumette” (je ne vous en dirais pas plus, pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte ! De cette expérience, Emmanuelle en sortira grandit, et tout simplement “femme” selon les moeurs du film.

La controverse

Évidemment, la sortie du film fera scandale en France, il est d’ailleurs, dans un premier temps, totalement interdit par la Commission de censure. Les deux scènes qui sont à l’origine de la censure seront alors raccourcies et le film pourra sortir avec “seulement” une interdiction aux moins de 18 ans. La censure fera office de bonne publicité puisque le premier jour de sa sortie, le film totalise 15 100 entrées en France, puis 126 530 une semaine plus tard ! Compte tenu de la forte demande, Emmanuelle restera plus de 10 ans à l’affiche (un record encore jamais battu !) et des sous-titres en anglais seront même ajoutés pour les touristes, ce qui propulse rapidement Emmanuelle au rang de film culte !

Le film lancera la carrière de Sylvia Kristel qui incarne Emmanuelle (elle l’incarnera d’ailleurs dans 5 des 7 films de la série), tandis que Alain Cluny (Mario) qui, au départ, ne souhaitait pas apparaître au générique, criera finalement au scandale de par la petitesse de son nom sur l’affiche…

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