Le Sexe qui parle: la référence érotico-fantastique

Lors d’un dîner, Joëlle se masturbe sous les regards hagards des convives. Jeune trentenaire de bonne famille, mariée à Eric depuis quelques années, Joëlle souffre d’une vie sexuelle peu trépidante voire, inexistante. Jusqu’au jour où son sexe se met à parler et prend alors possession de la jeune femme, la poussant à assouvir tous ses fantasmes.

Les origines du projet

Tout commence avec la (plus) célèbre réplique de Linda Lovelace dans Gorge Profonde (Gérard Damiano, 1972): “Bien que mon clitoris ne soit pas situé là, je jouis chaque fois qu’on me pénètre la gorge et qu’on me baise de cette façon”. Francis Leroi, producteur du Sexe qui parle et Claude Mulot (alias Frédéric Lansac) qui le réalisera, ont alors l’idée d’un sexe qui se mettrait soudain à parler.

Réalisé en 1975, Le Sexe qui parle est avant tout un film-évènement représentatif de l’âge d’or du cinéma érotique des années 1970. On retrouve au générique les noms des pionniers du genre: Frédéric Lansac à la réalisation, Francis Leroi à la production, Gérard Kikoïne au montage ou encore Michel Barny comme assistant. De plus, et c’est ici que l’on comprend qu’un pont existait encore entre le cinéma classique et le cinéma érotique; c’est Roger Fellous qui sera à l’image et qui travailla auparavant pour Bunuel !

Une oeuvre (trop ?) originale

Tandis que Denis Diderot aborda déjà la question de donner le pouvoir de la parole au sexe dans Les Bijoux indiscrets en 1748; Le Sexe qui parle reste une oeuvre originale de par son sujet, à la fois comique car motivé par l’utilisation d’un gimmick semblable à Gorge profonde, jouant alors dans la cour du ridicule de situation. Il aborde aussi la question du thriller, avec l’histoire du meurtre familial, et l’enquête finale de la part des deux journalistes qui précipitera la fuite du couple… Le film effleurera aussi ça et là, la comédie de moeurs et le drame bourgeois.

Cependant, le fait de vouloir jouer sur tous les tableaux peut facilement faire perdre la tête au spectateur, qui finalement ne sait plus trop à quel type de film il a affaire. Effectivement, le film commence dans un genre proche de la comédie de moeurs, pour clairement sombrer dans le comique, avant d’aborder le thriller à la fin du film. Difficile de se situer parmi tout ces genres…

En revanche, le choix du thème et le fait de vouloir littéralement donner la parole au sexe féminin est une idée louable dans le cinéma érotique qui reste un cinéma masculin, de par le public visé mais aussi par ceux qui le produise. Tout comme l’utilisation de l’élément fantastique pour introduire le hard rend ce film unique au sein de la production à l’époque. D’ailleurs, c’est à travers ce film que j’ai découvert que Gaspar Noé n’avait en rien inventé la prise de vue “interne” ou “caméra subjective intra-vaginale”…

Béatrice Harnois VS Pénelope Lamour

C’est Gérard Kikoïne qui découvrira Pénélope Lamour, à l’époque strip-teaseuse à Pigalle et qui la convaincra de faire le film. La jeune femme alors inhabituée des plateaux de tournage et du porno ne vivra pas ici sa meilleure expérience.

Quand j’ai lu le scénario, j’étais très impressionnée. Je n’avais jamais vu de film porno et je ne savais pas ce que c’était exactement. J’ai eu un choc. (…) J’en ai beaucoup bavé pendant le tournage… ça me faisait quelque chose. Remarquez, après le film, j’étais écoeurée de faire l’amour pendant un certain temps…

Pénelope Lamour à François Jouffa dans L’âge d’or du cinéma érotique et pronographique – 1973-1976. Edition Ramsay – Page 179.

Au dernier moment, cette dernière refusera d’ailleurs de tourner certaines scènes de sexe, se faisant remplacer par une hardeuse. Par conséquent, une grande partie des scènes de sexe est loupée de par un découpage abusif, fragmentant alors les parties intimes de la hardeuse d’un coté et le visage de l’actrice, de l’autre.

Pénélope Lamour

En face d’elle, Béatrice Harnois, petite bombe du cinéma érotique des années 1970 incarne Joëlle jeune. Déjà connue du public notamment dans Change pas de main (Paul Vecchiali, 1975) et (par conséquent) Exhibition (J-F Davy, 1975), elle parvient à éclipser l’actrice principale en un clin d’oeil. Incarnant la dévergondée face à une Pénelope Lamour sage, limite frigide, Béatrice Harnois tournera elle-même les scènes hard, étant bien plus habituée au genre que son ainée.

Béatrice Harnois

De plus, la déjà célèbre Sylvia Bourdon viendra agrémenter le casting féminin dans le rôle de la tante de Joëlle; rôle dont on ne saisit pas vraiment la nécessité, si ce n’est un bonus de séquences osées qui viennent difficilement se caler dans le scénario de base…

Réception

Le Sexe qui parle aura tout de même une belle carrière, il sera primé au festival éphémère du cinéma porno de 1975 (le seul et unique qui aura lieu) et restera l’un des films cultes du cinéma érotique des années 1970. Et même si certains éléments ne jouent pas en faveur du film; Christophe Bier souligne par exemple le choix de la voix du sexe devenant très rapidement insupportable; le spectateur gardera tout de même en mémoire quelques scènes mémorables comme la scène de Béatrice Harnois au confessionnal ou encore la séquence du fantasme de Joëlle dans la voiture, admirablement mise en lumière et en musique.

Je termine cet article par une anecdote truculente en citant un passage de l’article consacré au film dans le Dictionnaire des films français pornographiques et érotiques :

“Les plans de l’intérieur du sexe qui parle avaient été baptisés par l’équipe “la perspective du con” et ce sont les cheveux de Nathalie Perrey (qui était alors régisseuse) qui furent utilisés pour les poils.”

Dictionnaire des films français pornographiques et érotiques, Christophe Bier, Edition Serious Publishing, 2011, page 919.

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