Les 10 films érotiques français les plus cultes

Lors de mes premières recherches sur la question du cinéma érotique, il m’était difficile de départager un bon d’un mauvais film, puisque je manquais cruellement de point de comparaison.

Et puis, à force de lectures et de visionnages, j’ai pu établir mon propre classement des films qui me paraissaient être les plus mémorables, aujourd’hui encore. Me basant sur les critiques, les chiffres du box-office et leurs réputations, j’ai ainsi pu dresser une liste des 10 films érotiques français les plus cultes; liste que j’espère être la plus exhaustive possible.

10. Histoire d’O

De Just Jaeckin, 1975

Histoire d’O est le deuxième succès de Just Jaeckin (cependant incomparable avec celui d’Emmanuelle !) et raconte l’itinéraire sexuel et sensuel d’O, qui, par amour pour son mari se plie à toutes les soumissions, abordant alors la question du sado-masochisme.

Adapté d’un roman paru dans les années 1950 et dont l’auteur resta longtemps inconnu; il fut à tour de rôle attribué à Montherland et à Robbe-Grillet avant d’être sur le tard rendu à Pauline Réage, sa véritable auteure (bien après l’adaptation à l’écran). Longtemps interdit, le public découvrit véritablement le roman, après la sortie du film et grâce à son succès; il se vendit à 250 000 exemplaires en France (les libraires profitèrent d’ailleurs du succès du film pour faire passer illégalement le prix du livre de 18 à 250 Francs) contre 4 millions vendus aux États-Unis !

Avec une photographie bancale et un scénario un peu décousu, il est très probable que le succès du film soit avant tout dû à la nouvelle notoriété de son auteur, acquis avec Emmanuelle, plus que par sa qualité.

9. Love

De Gaspar Noé, 2015

Évidemment, je me devais de placer ne serait-ce un film contemporain dans ce top 10 des films érotiques cultes, et qui de mieux (faute de mieux) que Gaspar Noé et son quatrième long-métrage Love ?

Noé met ici en scène un triangle amoureux au centre d’une relation dégénérée; le tout dans un univers propre au cinéaste: sexe, drogue, néons.

Avec la volonté de se placer en véritable défenseur du film érotique, Noé met en scène le sexe mais de manière scénarisée, loin du porno actuel. Personnellement, je considère Love comme une sorte de “gratin de restes”, recyclant ses anciennes formules magiques datant de Irréversible et Enter the void. Facilité quand tu nous tiens… En revanche, ce film a tout de même sa place ici, puisqu’il est le quasi-unique représentant du genre actuellement. De plus, je ne pourrais nier la beauté de ses séquences génitales et zénithals !

8. Le sexe qui parle

De Frédéric Lansac (alias Claude Mulot), 1975

Imaginé par Frédéric Lansac et Francis Leroi (le producteur du film) suite à la très célèbre réplique de Linda Lovelace dans Gorge Profonde: “Bien que mon clitoris ne soit pas situé là, je jouis chaque fois qu’on me pénètre la gorge et qu’on me baise de cette façon”; Le Sexe qui parle raconte l’histoire de Joëlle, jeune femme frustrée sexuellement et dont, un beau jour, le sexe va se mettre à parler; la forçant alors à réaliser ses fantasmes.

  Le Sexe qui parle ne se démarque pas tant par sa qualité scénaristique (quoique que le sujet reste original !) ou esthétique; mais il fait plutôt office de film-évènement représentatif de l’âge d’or du cinéma érotique des années 1970. On retrouve au générique les noms des pionniers du genre: Frédéric Lansac à la réalisation, Francis Leroi à la production, Gérard Kikoïne au montage ou encore Michel Barny comme assistant. De plus, et c’est ici que l’on comprend qu’un pont existait encore entre le cinéma classique et le cinéma érotique; c’est Roger Fellous qui sera à l’image et qui travailla auparavant pour Bunuel !

Le film sera primé au festival éphémère du cinéma porno de 1975 (le seul et unique qui aura lieu) et aura une belle carrière. De plus, il reste de ce film, quelques séquences mémorables et admirablement mises en scène comme par exemple, la scène de Béatrice Harnois au confessional.

7. Exhibition

De Jean-François Davy, 1975

Bon, vous comprendrez très vite au fil de mes articles que j’affectionne particulièrement le cinéma érotique de Jean-François Davy. Il m’était donc impossible de dresser un top 10 sans inclure au moins l’un de ses films; le plus populaire étant son conteste Exhibition !

Exhibition est le premier documentaire méta-filmique d’une série de quatre puisqu’il est suivi de Exhibition 2, Les pornocrates et Exhibition 79. Davy met en scène un tournage pornographique dans lequel il suit Claudine Beccarie, comédienne principale du film en question. Sorte de making-of du cinéma érotique, Davy livre sa propre vision du genre en captant la beauté, et même la pudeur (eh si !) des scènes sexuelles se tournant sous ses yeux; ainsi que la grande complicité des acteurs en hors-champ.

Avec plus de 3 millions d’entrées en France à sa sortie en 1975, le film aura une belle carrière puisqu’il sélectionné notamment au Festival de Cannes; mais sera aussi le premier film érotique diffusé sur Canal + dans le programme du samedi soir.

Par ailleurs, il me tenait à coeur de placer ce film dans le Top 10 puisqu’il met en scène (selon moi) l’une des plus belles séquences du cinéma érotique qui est la scène de l’orgie.

6. Le dernier tango à Paris

De Bernardo Bertolucci, 1972 (co-production franco-italienne)

Il est sans doute le film le plus controversé de ce classement puisqu’aujourd’hui encore, le scandale persiste. Le film raconte la rencontre de Paul (Marlon Brando) et Jeanne (Maria Schneider) lors d’une visite d’appartement et l’histoire d’une passion torride qui se passera entre ces quatre murs.

Grand classique du cinéma français, le grand public garde surtout en mémoire une séquence en particulier puisqu’elle sera à l’origine du scandale; il s’agit de la scène improvisée entre Bertolucci et Brando dans laquelle l’acteur sodomise sa compagne. Bien que la pratique ait été simulée, elle ne reste pas moins traumatisante pour l’actrice qui ne cessera de clamer aux journaux que dans cette scène, le public assiste à un véritable viol et non à une simple mise en scène.

5. L’essayeuse

De Serge Korber (alias John Thomas), 1975

L’Essayeuse est sans doute le film le plus scandaleux du cinéma érotique français. Condamné à être détruit par le feu, car jugé immoral par la Commission de censure et pas moins de 120 associations anti-porno, une grande partie de l’équipe technique fut même condamnée à payer une amende allant de 400 à 6000 francs !

À première vue, le scénario du film paraît des plus communs: Léna, essayeuse dans une boutique de lingerie, essaie aussi les clients, au gré de ses envies. Alors qu’elle fait la rencontre d’Étienne, un client qui se révèle être un véritable pervers sexuel, Léna va bientôt avoir à faire à l’ex-compagne de ce détraqué qui se révèle être tout aussi folle que lui. Léna va alors tomber dans une spirale du vice.

Cependant, c’est toute une lutte contre l’industrie pornographique qui prend forme à travers le procès de l’Essayeuse. Véritable martyr du cinéma érotique, le film passera du statut de scandaleux à véritable mystère du 7ème art. Effectivement, bien que la loi ait obligé la destruction de toutes les copies du film, il semblerait que le producteur ait envoyé le négatif en Allemagne avant la saisie du matériel… L’histoire ne paraît pas si improbable puisqu’en 1993, la Cinémathèque française diffusera le film lors d’une soirée “spéciale porno”…

4. La Bête

De Walérian Borowczyk, 1975

Initialement, La Bête devait être l’un des cinq court-métrages composant Les Contes Immoraux du cinéaste, réalisé en 1974. Cependant, cet ultime passage fut censuré par la commission et pour que le film puisse obtenir le précieux visa d’exploitation, le cinéaste dut le retirer. L’année suivante, la censure s’assouplit, Borowczyk peut alors sortir La Bête, et en version longue de surcroit, avec seulement une interdiction aux moins de 18 ans (réévalué depuis à 16 ans).

Pour sauver la fortune familiale, un marquis décide de marier son fils Mathurin à Lucy, jeune fille de bonne famille. Cette dernière arrive au château et est très vite confrontée aux lourds secrets familiaux que chacun tente de dissimuler. La mariage tardant à se faire, elle passera donc la nuit sur place durant laquelle elle rêve d’une aïeule de son fiancé poursuivie par une bête assoiffée de sexe. C’est au lendemain matin que la vérité éclatera…

Tel est le propos du film: de l’humain à la bête, il n’y a qu’un pas. Entre le curé enamouré de son enfant de choeur, la jeune vierge naïve et l’aïeul secrètement meurtrier; Borowczyk dresse dans La Bête un bien triste portrait de la société (ici bourgeoise et religieuse).

Bien loin d’une success story à la Emmanuelle (Borowczyk en réalisera d’ailleurs le cinquième opus en 1987) La Bête restera cependant l’un des films cultes du cinéma érotique de par son curieux mélange érotico-fantastique.

3. L’Amant

De Jean-Jacques Annaud, 1992

Il m’était tout simplement impossible d’établir ce Top 10 sans parler de L’Amant ! Adapté du roman de Marguerite Duras publié en 1984, c’est Claude Berry, producteur du film, qui fut à l’initiative du film. Sachant qu’Annaud avait en tête de traiter un récit au féminin, il lui proposa alors L’Amant. Annaud refusa d’abord, craignant de se confronter à la réputation capricieuse de Duras. Il reviendra évidemment sur sa décision.

L’histoire relate l’expérience réellement vécue par Duras lors de sa jeunesse au Vietnam et de sa rencontre avec un homme plus âgé qu’elle, l’initiant à la sexualité.

Porté magistralement par le duo Jane March/Tony Leung Ka Fai, L’Amant restera l’un des films cultes du cinéma érotique, sans doute l’un des plus abordables dans ce top 10. Il sera nominé aux Oscars en 1993, ainsi qu’aux Césars dans six catégories: meilleure photographie, meilleurs costumes, meilleurs décors, meilleur montage, meilleur film étranger et meilleure musique, remportant le prix pour cette dernière catégorie.

2. Emmanuelle

De Just Jaeckin, 1974

Avec ses 9 millions de spectateurs en France et pas moins de 45 millions dans le monde, Emmanuelle est sans conteste l’un des films érotiques français les plus cultes, si ce n’est LE plus culte…

Comme le dit Christophe Bier, il y a un avant et un après Emmanuelle puisqu’en y mettant en scène la nudité intégrale, une première dans le cinéma érotique français, Just Jaeckin crée ainsi le film érotique “soft”, dans lequel aucune pénétration n’est visible.

D’abord interdit à sa sortie, le film sortira finalement avec une interdiction aux moins de 18 ans (notamment à cause de la célèbre scène de la thaïlandaise fumant avec son sexe, et celle de la sodomie d’Emmanuelle par le boxeur thaï).

Emmanuelle restera 554 semaines ( ! ) à l’écran en exclusivité sur les Champs-Elysées ( des sous-titres anglais seront même réalisés à destination des touristes curieux) et comptabilisera 15 100 entrées lors de son premier jour de diffusion, pour un total de 126 530 entrées en une semaine. Il reste actuellement l’un des plus gros succès du cinéma français.

1. L’empire des sens

De Nagisa Oshima, 1976 (co-production franco-japonaise)

Inspiré d’un fait divers au Japon, L’empire des sens retrace l’histoire d’une domestique japonaise et de son maître dans une vaste initiation des plaisirs sexuels et en quête de leurs propres limites.

Impossible de faire l’impasse sur ce film dans ce classement, ce film étant, je pense, le film érotique le plus connu en France (peut-être à cause de sa scène finale ?)

Étonnamment, ce film n’est pas classé comme étant pornographique mais écope simplement d’une interdiction aux moins de 16 ans; avec tout de même une importante censure au Japon et un public scandalisé lors de sa projection à la Berlinale…

J’espère que cet article vous a plu; n’hésitez pas à partager votre propre Top 10 en commentaire !

À bientôt sur cinéma érotique 🍑

3 réflexions sur “Les 10 films érotiques français les plus cultes”

  1. Vigoureuses et épatantes années 70 placées sous le signe d’une liberté de ton autant que de corps, avec surtout une fraîcheur de propos qui surfait encore sur la vague de mai 68. Rendez-nous Jean Yanne, Gainsbourg/Birkin, Areski/Fontaine, Coluche et Desproges. Et Krasucki tiens !
    Souvenez-vous quand même que ces films étaient diffusés au cinéma uniquement et interdits aux moins de 18 ans. Ce qui les rendait plus sulfureux et mystérieux encore…
    J’imagine que vous connaissez l’excellent ouvrage Sex Press aux Éditions de la Martinière qui relate cette époque en version imprimés. Un excellent complément à votre sélection.

    1. Vincent, merci pour votre partage et votre enthousiasme ! Je ne connais pas cet ouvrage, c’est d’autant plus intéressant, merci, je vais m’empresser de me le procurer. Bonne journée

      1. Vous m’en direz des nouvelles. Les 70’s, c’est un peu comme les années 20, une parenthèse libertaire qui se referme plus vite qu’elle n’a mis de temps à éclore. Merci d’avoir réouvert une fenêtre sur ce temps au parfums de patchouli et d’herbe qui fait rire…

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