Les Pornocrates: pépite du cinéma-vérité érotique

Voici encore une perle du cinéma érotique trop peu (re)connue, j’ai nommé: Les Pornocrates !

Je m’excuse d’avance pour la mauvaise qualité des inserts, le sujet étant rarement traité sur internet, j’ai du me contenter de mes quelques captures d’écran… 🙁

Dans les coulisses du porno

Réalisé en 1975 par Jean-François Davy, ce documentaire érotique est la deuxième partie de son film Exhibition. Tandis que cette première partie mettait en lumière les acteurs et actrices sur le tournage de Change pas de main de Paul Vecchiali, dans une sorte de “making-off avant l’heure” comme dira Davy en interview; les Pornocrates aborde davantage la partie post-tournage.

Dans une séquence mémorable, le cinéaste nous embarque par exemple dans le studio son où les doublages sont effectués. Au beau milieu des râles de plaisir, nous découvrons alors un duo d’acteur/actrice passionné par leur métier, accompagnant leurs soupirs par une véritable tendresse des gestes, et mettant tout leur coeur à l’ouvrage, dans une complicité désarmante. Un portrait dans lequel l’admiration prend très vite le pas sur le ridicule de la situation…

Jean-François Davy dirigeant le duo d’acteurs/doubleurs

Un peu plus déstabilisant maintenant: l’agent véreux s’incrustant sur le plateau pour y présenter ses deux dernières trouvailles: deux jeunes femmes ne sachant pas réellement ce qu’elles font là… Il avouera alors prendre 10% de leurs futurs cachets (si ce n’est plus) et que lui seul sera en mesure de parler avec les producteurs; les deux jeunes recrues devront se contenter d’honorer les contrats sans discuter.

Artistico-érotique

Tandis que la plupart des films érotiques se contente de mettre en scène le sexe sans vraiment prendre le temps d’y apporter un cadre artistique (c’est le cas d’une grande partie des comédies érotiques des années 1970); le cinéma de Jean-François Davy, où du moins sa période érotique, témoigne toujours d’une recherche formelle évidente.

Dans Les Pornocrates, il y a effectivement une véritable démarche artistique à travers le montage, la musique, le cadrage. L’exemple le plus parlant selon moi, c’est cette longue séquence mettant en scène deux actrices métissées dont les corps s’entrelacent longuement à même le sol. Il y alors une recherche de colorie évidente et la mise en scène, quasiment chorégraphique est remarquable.

Des personnages Felliniens

Comme dans Exhibition, Davy a le chic de dénicher de véritables talents. Dans ce premier opus, il se focalisait effectivement sur Claudine Beccarie, petite bonne femme hors norme; dans Les Pornocrates, il élargie sa vision puisqu’il n’y a pas réellement d’acteur(trice) principal(e) mais plutôt une chorale d’interprètes.

Notons par exemple la performance de Carmelo Petix, étalon italien dans la force de l’âge qui s’essaie, face caméra à une séance de masturbation express, lorsque Davy lui demande si il peut avoir une érection sur commande ou bien si cela relève de la légende.

Carmelo Petix, l’étalon du cinéma érotique des années 1970

Dans un même registre Fellinien (autrement dit, haut en couleurs) on peut évoquer la séquence “de la fellation” avec encore une fois Carmelo, qui fait office de cobaye au coeur d’une sorte de concours de la meilleure fellation; les filles dont Claudine Beccarie, s’affrontant les unes les autres en la matière. Cette scène met un point d’honneur sur l’esprit de camaraderie, voire bon enfant, qui semblait régner sur les plateaux, hors-caméra.

Un cinéma de la nostalgie

Sortie en 1975 en plein boom de l’industrie pornographique, le film devait, à l’époque, être perçu comme un objet venant assouvir la curiosité des spectateurs amateurs ou non d’érotisme. Davy leur ouvrait grand les portes d’un monde mystérieux, sujet à tous les fantasmes.

Actuellement, le sens même du film a muté. Notre oeil de spectateur contemporain est davantage habitué à la pornographie directe ou indirecte; les pratiques se sont diversifiées et l’accès y est plus simple.

Lorsque je regarde Les Pornocrates aujourd’hui, je l’étudie davantage comme une pièce historique, un témoin d’une époque et d’un cinéma révolu, et mon regard est davantage nostalgique que curieux. Ou bien s’il est curieux, ce n’est pas tant envers la sexualité montrée à l’écran mais plutôt face à un objet cinémato-historique qu’on a voulu enterré (la loi du X est votée un an après la sortie du film) et qui est à des années-lumières de la représentation érotique/pornographique actuelle.

Je finirai donc cet article en évoquant cette superbe séquence mettant en scène les peintres dans leur atelier parisien, spécialisés dans la reproduction d’affiches de cinéma, comme cela se faisait avant. Certains s’affairent alors à peindre la dernière affiche du dernier classique hollywoodien avec Rita Hayworth, tandis que d’autres peignent les icônes du cinéma érotique. Et lorsque Davy questionne l’un des peintres sur la moralité de son travail, tandis que ce dernier pose devant la poitrine opulente d’une starlette du cinéma érotique sur une affiche de plusieurs mètres, il répondra simplement:

“Je trouve ça plus joli à faire que la tête à De Funes”.

2 réflexions sur “Les Pornocrates: pépite du cinéma-vérité érotique”

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