L’Essayeuse: film martyr

Est-ce que vous essayez aussi tous vos clients ? Quand ils me plaisent, oui”.

Dialogue entre Lena (Emmanuelle Parèze) et Étienne (Alain Saury) dans l’Essayeuse.

Cher(e) lecteur(trice), l’histoire qui va suivre concerne le film le plus controversé de l’Histoire du cinéma érotique français, voire du cinéma français, tout court.

L’objet du scandale

Léna est essayeuse dans une boutique de lingerie, et parfois, elle essaie aussi les clients. Alors qu’elle fait la rencontre d’Étienne, un client qui se révèle être un véritable pervers sexuel, Léna va bientôt avoir à faire à l’ex-compagne de ce détraqué qui se révèle être tout aussi folle que lui. Léna va alors tomber dans une spirale du vice.

À première vue, le synopsis de ce film ne se démarque pas du reste de l’industrie érotique à l’époque, et pourtant, l’Essayeuse est une véritable icône du genre.

Réalisé en 1975 (avant la loi X) par Serge Korber (alias John Thomas), l’Essayeuse est l’unique film qui écopa de la plus lourde censure: la destruction par le feu de toutes les copies existantes. Un an avant l’instauration de la loi X, le verdict de la chambre correctionnelle de Paris est sans appel. Pourtant, lorsque l’affaire éclata, le film, qui était à l’époque “seulement” interdit aux moins de 18; était déjà à l’affiche de 10 salles, et réalisait même un score honorable: 68 453 entrées en 5 semaines.

Le bouc-émissaire de l’anti-porno

Cependant, c’est une véritable déferlante de plaintes en tout genre (44 plaintes en tout, venant même de la part de sourds et muets… cherchez l’erreur) qui vint accabler le bureau du Procureur. Mme Irène de Lipkowski, présidente du Comité de Liaison pour la dignité et de la Personne Humaine (qui regroupe pas moins de 120 associations) s’engagea dans une guerre contre la pornographie, en faisant de l’Essayeuse, son ennemi numéro 1, visant à travers lui, l’industrie pornographique tout entière. Selon elle, la pornographie n’était qu’une sous-catégorie du proxénétisme, qu’elle n’était que pollution des esprits par la violence et la perversité et que, depuis la déferlante des productions érotiques, les prostituées vivaient dans la terreur de devoir ajuster leurs pratiques à celles représentées dans les films.

“Nous disons que ces producteurs de films devraient aller en prison et être empêchés de nuire.”

le Comité de Liaison pour la dignité et de la Personne Humaine, lors d’une conférence de presse en 1975.

Et comme si la destruction de l’objet du scandale n’était pas suffisante, la chambre correctionnelle de Paris décida de distribuer quelques amendes au passage, allant de 400 à 6000 Francs envers (évidemment) Serge Korber, mais aussi envers le scénariste, le producteur, la chef-monteuse, et même l’actrice principale et quelques techniciens ! De quoi faire passer l’envie d’érotisme à bon nombre de cinéastes…

“Nous avons cherché un film faisant l’étalage de toutes les perversions sexuelles, bâti sur un scénario lamentable, bref, un film sans aucune qualité artistique, ou alibi intellectuel. L’Essayeuse correspondait parfaitement à ce profil.

Le président des AFC, lors d’une conférence de presse.

Ainsi, l’Essayeuse fait figure de martyr du cinéma érotique, le seul à avoir écopé d’une peine aussi lourde, véritable autodafé marquant l’apogée de la chasse au porno précédent la loi du X.

Un mystère signé Korber

Le cinéma érotique étant peuplé de mystères (voir Histoire d’O), le doute persiste concernant l’Essayeuse… Est-ce que la peine fut vraiment appliquée ? Le doute persiste, puisqu’en 1993, la Cinémathèque française projeta le film dans le cadre d’une soirée “spéciale porno”… De plus, la légende veut que le négatif ait été envoyé en Allemagne par son producteur avant d’être saisi, mais demeurerait actuellement égaré…

De par la controverse causé par le film, il est aujourd’hui encore très difficile de trouver des informations le concernant, et encore moins un quelconque lien de visionnage du film… Ainsi, si le sujet vous intéresse, je ne peux que vous conseiller de vous référer au Dictionnaire des films français pornographiques et érotiques de Christophe Bier, qui est une véritable mine d’or !

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