Luxure: un bijou de l’érotisme trop méconnu

Laure, jeune bourgeoise tristement éprise de son époux qui vient de la quitter, décide de retourner dans l’auberge dans laquelle ils avaient leurs habitudes, afin de mettre fin à ses jours. Une fois sur place, ses plans sont rapidement déjoués par le jeune couple en lune de miel occupant la chambre voisine et dont l’homme ressemble étrangement à son ex-mari. Laure va alors se mettre à fantasmer sur ce dernier et tenter de le séduire; tout en luttant contre les avances sexuelles toujours plus pressantes de la part du propriétaire de l’auberge.

Un hymne au corps féminin

Réalisé en 1975 par Max Pécas, un cinéaste ultra-productif à l’époque, puisque réalisant en moyenne un film par an entre 1960 et 1987; Luxure est pour moi un petit bijou de l’érotisme, malheureusement trop peu connu aujourd’hui. Il est très probable qu’il ait été éclipsé par le géant Emmanuelle (de Just Jaeckin) sortie un an plus tôt mais étant toujours à l’affiche, et qui plus est, affichant toujours un nombre d’entrées conséquent à ce moment.

Par ailleurs, il faut savoir que le film a été tourné en deux versions, l’une soft, l’autre hard... La version hard étant aujourd’hui classé X.

À première vue, le scénario de Luxure ne se démarque pas d’un film érotique lambda des années 1970, la critique dira même que l’histoire est simplette. Sur le papier, le projet n’est donc pas particulièrement attrayant, mais à l’image, c’est une autre histoire !

Avec une photographie qui n’a rien à envier aux grand succès du cinéma de l’époque (et pour être honnête, je la trouve bien meilleure que celle d’Emmanuelle !), Luxure est avant tout un hymne à la plastique irréprochable de l’actrice principale, Karine Gambier, dont ce sera sans conteste le plus grand rôle. Tantôt brune, tantôt blonde selon la séquence du film (voir plus bas), l’actrice et son infatigable moue boudeuse cachée derrière ses larges lunettes, crève littéralement l’écran !

De l’onirisme pornographique

L’autre force de Luxure réside dans l’habilité de Pécas à mettre en scène le désir sexuel de la jeune femme. Au coeur de l’onirisme, le spectateur plonge alors à plusieurs reprises dans les fantasmes de Laure, la blondeur vient remplacer sa sombre chevelure et les figurants se muent en mannequins. C’est dans ces séquences entre rêve et réalité que Laure se sent libre de satisfaire ses désirs inavouables, comme une manière de se dédouaner de plaisirs trop coupables, allant du rapport forcé jusqu’à l’urolagnie.

Ancrer les scènes de sexe dans l’autre-monde, celui de l’inconscient et du rêve permet aussi de donner une force supplémentaire aux ébats se déroulant dans la réalité de Laure. Tandis qu’elle fantasme à plusieurs reprises de coucher avec Peter (le jeune marié), le fantasme en devient d’autant plus intense lorsqu’il se réalise pour de bon. Et c’est d’autant plus vrai pour la scène finale du gang bang où cette fois, c’est le gérant de l’auberge qui réalise (enfin) son fantasme en possédant Laure, l’offrant à quatre autres convives, dans un décor aux accents SM et pas moins fantastique que le reste des séquences.

Cette séquence étant le climax du film, à la fois en terme scénaristique, mais aussi en terme de pratique sexuel, clôturera le besoin du propriétaire, tandis qu’il modifiera le désir du personnage de Laure qui, plutôt que de vouloir mourir, préfère se livrer à d’autres soumissions, avec d’autres hommes.

Attention spoiler !

Le jeune homme rencontré dans le taxi du retour, lui aussi sosie de l’ex-mari viendra boucler la boucle. Il demandera à Laure de lui indiquer le chemin de l’auberge, elle se contentera de lui répondre que l’auberge n’existe plus, que ” Toutes les auberges se ressemblent, tous les hommes aussi… et tous les rêves.”

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